Samantha Karmel

Dans les grandes crises, le coeur se brise ou se bronze. (Balzac)

05 novembre 2007

Samantha Karmel 2/13

Je suis sûr que ça va te plaire.

 - On verra bien. A demain."

 Voilà, c'est comme ça depuis plusieurs années. Une entente cordiale mais discrète m'attache à cette petite femme. Elle me fait de la peine lorsqu'elle essaie désespérément d'entamer la conversation et que je suis obligée de lui répondre que je suis pressée. Elle garde espoir qu'un jour je me confie à elle, mais elle ne sait pas.

 Finalement je m'extirpe de la boutique sans mal et je retrouve le bruit de la ville, avec toutes ses notes incompréhensibles et disgracieuses parce que personne ne sait les diriger. Moi-même je ne le saurais pas. Je ne suis pas de celles qui pensent mener leur vie comme un chef d'orchestre, qui veulent trouver le bonheur en même temps que la sécurité, l'argent, l'amour, qui vivent dans l'illusion de la parfaite existence. Moi je suis loin de tout ça. J'ai compris depuis longtemps que c'est la vie qui nous mène par le bout du nez, qu’en aucun cas nous n’avons notre mot à dire, que nous devons accepter et languir, accepter et souffrir. J'ai l'esprit plein de pensées noires, mais elles ne sont pas arrivées là toutes seules. Je ne me suis pas levée un beau matin en me disant que désormais ma vie serait foutue, irrémédiablement foutue. C'est la vie elle-même qui a fait que je suis venue en France par amour, et que cet amour m'a été enlevé, ou plutôt que cet amour m'a abandonnée. Je suis orpheline, et je ne l'ai demandé à personne. Mattheuw m'avait promis une vie magnifique, il n'a pas tenu sa promesse, il est parti avec indifférence, et aujourd'hui, je paie les pots cassés. Rien ne m'avait préparé à un tel arrachement. En fait, je me dis souvent que si ça avait été la mort la responsable de mes maux, j'aurais pu réagir différemment, j'aurai pu justifier le sentiment de deuil qui m'escorte perpétuellement. Ce n'est pas le cas, c'est pire encore. C'est une blondasse qui m'a enlevé Mattheuw, sa patronne qui plus est. Dès notre arrivée, il me l'a outrageusement présentée, m'a narguée sans état d'âme et est parti avec elle. Jamais je n'aurai pu imaginer que celui pour qui j'avais tout quitté, famille, patrie, étude, jamais je n'aurai pu imaginer qu'il cachait une âme aussi perverse. J'ai été souillée, balafrée de l'intérieur. La blessure est ouverte depuis sept longues années, elle ne veut pas se cicatriser, et je ne peux rien y faire.

Posté par rolypoly à 13:43 - Samantha Karmel - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

ENFIN!

"Elle garde espoir qu'un jour je me confie à elle, mais elle ne sait pas." - enfin, on a quelques explications sur le mal-être du personnage principal. Cela permet d'avoir de l'empathie. Faites en sorte d'accrocher le lecteur jusque-là... ou énoncez la situation dès les premières lignes.

Attention aussi, quand vous filez la métaphore: le chef d'orchestre dirige bien des personnes (qui émettent des sons que le chef gère), non des notes - du reste, la musique c'est plus que des notes: c'est des phrases, et des tombereaux de frustrations cachées sous le tapis du prestige de la belle musique. A creuser?

Posté par Daniel Fattore, 07 novembre 2007 à 11:43

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