05 novembre 2007
Samantha Karmel 1/13
C'est
une belle journée ensoleillée qui a commencé sans moi. Un méchant rayon
traverse la minuscule ouverture et me trouve complètement enfouie sous mes
draps. A croire qu'il me vise personnellement. C’est bon, il a gagné, je me
lève. De toute façon c'est l'heure. Il est presque midi. Je fais passer une
omelette avec un café et je vais sur mon balcon. Je fume une cigarette et
j'espionne la vie de ceux qui passent en dessous. Ça grouille, ça court, ça se bouscule, ça se tient la
main, ça attend le bus. Et moi je suis au-dessus de tout ça, je suis chez moi,
je ne m'affaire pas à me fondre dans la masse. Je les regarde avec indifférence
et mépris. Mais je sais bien que derrière ce regard se cache une petite envie.
Pas de la jalousie, juste de l'envie. On déteste ce que l'on ne peut posséder,
c‘est bien connu. Sur ce point, je ne suis pas bien différente des autres. Ma
cigarette n'a plus rien à donner, alors je rentre, je m'enferme à nouveau. J'ai
les gestes d'un automate, les mêmes depuis presque sept ans. Après la
cigarette, je passe sous la douche, je m'habille et je sors. Je n'aime pas cet
appartement, et en même temps, je ne pourrais pas vivre ailleurs. Il a tout
vécu avec moi depuis que je suis à Paris. Il m'a vue sourire, croire, et puis
il m'a vue pleurer, m'isoler. Je ne l'aime pas peut-être justement parce qu'il
en sait beaucoup trop sur moi, et que cela m'effraie. Mon premier souci est que
rien ne s'échappe de moi, que personne ne sache ce que je porte en moi, la
douleur qui s'acharne à gouverner mon existence. Quand je suis chez moi, je
n'ai plus besoin du masque de la normalité, je peux laisser aller mon amertume.
Les murs de mon deux-pièces aiment ce spectacle, ils aiment la déchéance que je
traverse. Alors moi je ne les aime pas. Mais si j'allais ailleurs, ce serait
tourner la page, oublier le passé, lui être infidèle. Pour moi, ce n'est pas
envisageable. Je sais que je n'ai aucun espoir de retrouver ce que j'ai perdu,
je ne le souhaite même pas. Mais je me suis créée une vie transparente et je
veux qu'elle me convienne, je me plais à croire qu'elle est la seule qui me
convienne. Voilà, c'est ça ma vie, un perpétuel monologue où je ressasse mes
souvenirs, mes angoisses, où je n'attends plus rien, même pas la délivrance. Je
n'ai que vingt-quatre ans.
Dans
les escaliers je croise la dame du premier. Elle me dit bonjour, je lui réponds
avec une grimace qui se veut aimable. C'est parti, en avant la mise en scène.
Sur le trottoir, en bas de mon immeuble, je respire un bon coup, et j'avance.
Je m'insère dans cette même foule que je méprisais tout à l'heure. Je ne suis
d'aucune excentricité, personne ne me prête attention, c'est tout ce que
désire. Je regarde les hommes du coin de l’œil, mais je ne soutiens jamais leur
regard. Leur intérêt m'indispose, et je presse le pas. Je suis sauvage, je ne
l'ai pas toujours été...
Et
puis j'arrive devant la vitrine de Véralyne, complètement recouverte d'affiches
de films, même la porte serait introuvable s'il n'y avait pas cette grosse
poignée dorée. J'y vais, comme chaque jour, rendre le DVD que j'ai emprunté la
veille, La Planète des singes, cette fois-ci, et j'ai à peine refermé la
porte derrière moi que je reconnais la douce voix de Véralyne, petite femme au
dos courbé :
-
"Alors Samantha, comment as-tu trouvé Mark Walbergh ?
- Pas
mal."
Pour
Véralyne, c'est suffisant. Elle sait qu'elle n'obtiendra rien de plus de moi,
et elle n'en a pas besoin. C'est clair entre nous. Pas mal signifie
qu'elle peut mettre le film en coup de cœur, bof, c'est que ce n’est pas
la peine d'en commander d'autre. Je ne sais pas comment elle a trouvé le truc
mais elle me l'a confié une fois, c'est infaillible. Si je peux rendre service
de cette façon, pourquoi pas ? C'est à mon tour maintenant :
-
"Qu'est-ce que vous me servez aujourd'hui ?
- Je
t'ai mis de côté Rencontre avec Joe Black. Je suis sûr que ça va te
plaire.
Commentaires
Alors
je te donne juste mon impression, qui ne vaut que ce qu'elle vaut, c'est à dire rien du tout : je trouve que tu nous mets (en tant que lecteur) entre deux chaises. Tu décris les gestes qui devraient nous donner la "température" du personnage, et en même temps tu nous donnes ses émotions (qui ne correspondent pas forcément aux gestes et sont parfois même décalées par rapport à eux) et du coup, tu empêches un peu le lecteur de se faire une idée tout seul de ce que pense ton personnage. Je me demande si tu ne devrais pas plus écrire en te plaçant "de l'autre côté" et en pensant à quelle place tu veux donner au lecteur dans l'action décrite... Je ne sais pas si ce que je raconte est très clair, mais bon, c'est ce que j'ai ressenti.
Mais sinon, le coup d'être édité ou pas, c'est sûr que c'est une reconnaissance. Mais est-ce que c'est suffisant, je veux dire, est-ce qu'il ne faut pas d'abord écrire pour écrire ?
Amicalement
Kiki
(si tu ne préfères que mon commentaire soit off, supprime le, hein, pas de problème)
Bonjour,
Quelques conseils à prendre pour ce que ça vaut. Sur le style je trouve que bcp de phrases commencent par je, c'est un peu lourd, je n'arrive pas à entrer dans le personnage. e
Il y a quelques répétitions aussi, par exemple on comprend qu'elle est renfermée et mal dans sa peau dès les premières minutes ms je trouve que tu insistes trop.
Les trois petits points après je ne l'ai pas tjs été ne sont pas nécessaires selon moi, on sait que tu veux créer du suspense, ms un point serait plus direct, je ne veux pas en parler maintenant.
Mais sinon le personnage nous donne envie de lire la suite, alors continue! Je sais ce que c'est d'écrire je suis en pleine correction de mon premier roman!
... après un chapitre... je peine à cerner le personnage: pourquoi est-il mal dans sa peau, pourquoi regarde-t-il la foule avec mépris, etc.
Effectivement, beaucoup de phrases commençant par "je". Il serait intéressant de créer un rythme avec d'autres débuts, d'autres structures, longuers etc. de phrases même.
Merci pour ce moment de lecture. Je vais continuer plus tard.
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